Les Abitibiwinnik, véritable nom pour désigner les Algonquins de Pikogan, sont l’une des neuf communautés algonquines du Québec. Les recherches archéologiques ont permis de récolter des preuves d’occupation humaine à Apitipik, nom désignant la pointe du Lac Abitibi où les Abitibiwinnik se réunissaient, remontant à près de 6000 ans.
Ces traces du passé ont permis de confirmer que ce peuple avait déjà son propre système social, politique, économique ainsi qu’une vie spirituelle. Son histoire et sa présence millénaires ont été transmises de génération en génération grâce à la tradition orale.
Le Lac Abitibi est une d’importance pour les Abitibiwinnik qui a été fréquenté dès 1760 jusqu’aux années 1950. La plupart des personnes âgées présentement à Pikogan, viennent du Lac Abitibi ou ont habité ces lieux durant leur enfance. La tradition indique que tous les printemps, les Abitibiwinnik partaient pour le Lac Abitibi en parcourant les cours d’eau. Ils se rendaient alors à la pointe Apitipik afin d’y passer l’été. C’est là que les familles se rassemblaient pour y participer à de grandes fêtes où ils prenaient part à la tradition Anicinabek en célébrant des mariages et en négociant des alliances politiques, comme des différents traités qui ont marqué leur histoire. À l’automne, ils retournaient dans leurs terrains de chasse respectifs.
L’arrivée des Européens a mené à une série d’actes et de traités qui ont transformé la vie des Premières Nations. D’abord, la Proclamation Royale adoptée en 1763 afin de définir les territoires de l’Angleterre conquis sur la France en vertu du Traité de Paris. Cet acte a octroyé aux nations autochtones un grand territoire au nord et à l’ouest du fleuve Saint-Laurent, correspondant à une grande partie du Québec actuel.
La Proclamation Royale démontre alors que les autorités britanniques prenaient l’engagement de négocier avec les nations autochtones la prise de possession des terres qui leur étaient octroyées. Elle reconnaissait donc que les autochtones avaient alors des droits territoriaux en Amérique.
Il importe également de comprendre que la Proclamation Royale de 1763 interdisait l’achat de terres autochtones par d’autres personnes que des représentants de la Couronne. Comme les Européens se sont rapidement aperçus qu’ils avaient besoin de terres occupées par les collectivités autochtones, ce document a facilité leurs démarches visant à prendre possession d’une plus grande partie du territoire.
Deux siècles plus tard, soit en 1867, le Canada est créé grâce à l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique, acte permettant au gouvernement fédéral et aux provinces de diviser les pouvoirs gouvernementaux. Le gouvernement fédéral hérite de la juridiction et de la responsabilité des “Indiens” et du Québec, comme les autres provinces, obtiennent la responsabilité de certains champs de compétences précis, dont la gestion de ses ressources.
On constate rapidement que cette nouvelle organisation politique est nuisible pour les Anicinapek et toutes les autres Premières Nations. En effet, elles se retrouvent dorénavant coincées entre l’inaction du gouvernement fédéral, responsable des “Indiens” du Canada, et du gouvernement provincial, qui ne veut rien reconnaître aux Indiens, invoquant sa nouvelle juridiction sur le territoire et les ressources.
Le 7 juin 1906, dans la foulée des nombreux traités à numéros signés par les Européens afin d’acquérir des terres autochtones en échange de quelques obligations, est signé à Apitipik, le traité numéro 9 avec les Abitibiwinnik. La fonction principale de ces traités à numéros était de permettre au gouvernement du Canada de mettre la main sur d’immenses territoires autochtones et ainsi régler, du même coup, l’épineux et gênant problème du “titre autochtone”. Une fois l’opération complétée, ces terres ont été redistribuées aux corporations et aux nouveaux venus afin de permettre la construction de chemins de fer et l’établissement de villes et villages démontrant ainsi que l’exploitation des ressources naturelles.
À cette époque, le territoire des Abitibiwinnik chevauche la frontière de deux provinces, soit le Québec et l’Ontario. Malgré tout, le traité numéro 9 ne sera signé qu’avec les Abitibiwinnik ayant leur territoire en Ontario, puisque le Québec refuse de participer aux discussions, n’octroyant pas de droits aux Indiens vivant au Québec. Ce même gouvernement refusera également de reconnaître le traité numéro 9, puisqu’il n’en sera pas signataire. Les Abitibiwinnik vivant au Québec resteront donc exclus.
Face aux récriminations des Abitibiwinnik de l’Est, les commissaires n’ont d’autre choix que de leur promettre une réserve du côté québécois de la frontière. Ils offrent alors aux Abitibiwinnik, qu’un mille carré par famille de cinq, soit une superficie totale de 34 milles carrés pour les 170 Abitibiwinnik.
Dès 1954, des discussions sont entamées dans l’espoir d’acquérir la terre d’un fermier, près d’Amos. On projette d’y installer une réserve pour les Abitibiwinnik. Faisant toujours face à des hésitations, le gouvernement fédéral décide d’acquérir le terrain à utiliser urgent, soit le fonds de bande, pour acheter cette terre, qui ne couvrait en fait que 72 hectares, dans son intégralité.
Le 9 et 10 juin 1954, le conseil de bande Abitibi-Dominion adopte une résolution autorisant le département des Affaires indiennes à entamer le processus d’achat des lots 26 et 27 du rang. Tous ces documents sont acheminés à Ottawa pour une évaluation. Après plusieurs discussions avec les vendeurs, Messieurs Lucien Leclerc et Hervé Larivière, le contrat de vente est finalement signé le 13 mars 1956, devant le notaire Marc Dufour.
La Réserve indienne d’Amos n’aura lieu qu’en 1958, alors que le gouvernement fédéral confirmera le statut de réserve. Les 5 premières maisons sont construites en 1964. Les premières familles à s’y établir sont celles de Tom Rankin, Charlie Wylde, Noah Kistabish, Moise Kistabish et David Kistabish.
Le conseil de bande Abitibi-Dominion voyant que les demandes de maisons augmentent et conséquemment que le nombre de terrains disponibles diminue, décide par une résolution datée du 25 avril 1968, d’envisager la possibilité de faire l’acquisition du nouveau terrain du voisinage. Après avoir encaissé une série de refus de la part du Ministère des Affaires indiennes à l’effet d’agrandir la réserve, une entente est finalement conclue, et le lot 25 est acheté le 2 juin 1971.
En 1970, la réserve indienne d’Amos devient officiellement Pikogan, nom algonquin signifiant Tipi. La communauté de Pikogan ne couvrait que 90,5 hectares de terrain avec les lots 25 et 26. En 1996, pour pallier au manque d’espace, le conseil de la Première Nation Abitibiwinni a pris l’initiative de faire l’acquisition des terres adjacentes au sud et au nord de la communauté. Toutefois, selon la Loi sur les Indiens, le conseil de bande n’est pas autorisé à être propriétaire. Suite à cette situation, le Conseil a dû refaire ses démarches et cheminer de nouvelles démarches auprès du gouvernement fédéral afin de satisfaire les excès.
À l’automne 2008, soit plus de 12 ans après avoir entamé les démarches liées à l’agrandissement de la communauté, les terres acquises ont enfin obtenu le statut de réserve.
Le territoire de la communauté, constitué à sa fondation de 72 hectares, couvre aujourd’hui plus de 277 hectares. Cette superficie permet à Pikogan d’accueillir près de 600 membres à l’intérieur de la communauté, et environ 300 membres vivant à l’extérieur.
Plus de 40% des membres de la Nation Abitibiwinni sont âgés de moins de 18 ans et moins. La principale langue parlée est le français suivi de l’anglais et de l’algonquin. Cette langue traditionnelle est encore parlée par les aînés et quelques membres de la communauté. Beaucoup de sensibilisation et d’éducation sont effectuées auprès des jeunes afin de la garder vivante.